En février, on fête le carnaval ! Ou quand les fous deviennent rois !
Chez Mnémos, de nombreux romans jouent avec l’identité réelle versus l’apparence – qu’il s’agisse de personnages dont les origines ou les motivations se révèlent progressivement, ou de figures qui portent des secrets et des masques narratifs.
Aujourd’hui, découvrez quatre romans où les apparences peuvent se révéler trompeuses.
Le Secret de Ji, le best-seller de Pierre Grimbert
Un jour, Nol le Prophète demanda à tous les royaumes d’envoyer leurs esprits les plus éclairés pour une mystérieuse expédition vers l’île Ji. Rares furent ceux qui en revinrent et Nol, ne fût pas du nombre.
Les survivants emportèrent leur vérité jusqu’à la tombe, et la tragédie se dissipa lentement dans les brumes de l’oubli. Depuis lors, seuls leurs descendants perpétuent la mémoire de ce drame en se réunissant à dates régulières.
Mais lorsque certains d’entre eux disparaissent dans des circonstances suspectes, leurs proches se retrouvent entraînés malgré eux dans une fuite éperdue à travers le continent. Pourchassés et manipulés, ils découvrent peu à peu que le secret de Ji alimente un vaste jeu de faux-semblants, où les alliances se renversent et où la vérité, dangereuse, se dissimule derrière les apparences.
Tous avancent masqués, que cela soit socialement, politiquement ou dans la sphère privée : nobles dissimulant leurs ambitions, érudits cachant leurs connaissances, figures d’autorité protégeant leurs mensonges derrière des dogmes. Nul n’est exactement ce qu’il prétend être, et chaque révélation soulève de nouvelles zones d’ombre.
Avec Le Secret de Ji, Pierre Grimbert interroge ainsi le pouvoir du non-dit : ce qu’il préserve, ce qu’il altère, et la façon dont il modèle les relations humaines. Le masque n’y apparaît pas seulement comme un instrument de duperie, mais aussi comme une condition parfois indispensable pour survivre, aimer ou exercer le pouvoir.
Les Fourneaux de Crachemort, la foodtruck fantasy de Raphaël Bardas
Avec Les Fourneaux de Crachemort, Raphaël Bardas signe un roman de fantasy aussi joyeux que mordant, où l’aventure se mêle à la cuisine de rue, au théâtre itinérant et aux légendes inquiétantes.
L’histoire suit Catane, Fauve, Mwandishé et Marcello, quatre amis contraints de fuir la cité de Brillanza après un cambriolage qui a mal tourné. Devenus cuisiniers et comédiens ambulants, ils sillonnent les routes et les marchés, jusqu’à ce que les objets volés révèlent une magie ancienne et réveillent les souvenirs d’une guerre oubliée. Une figure terrifiante refait alors surface : Crachemort, dont la légende pourrait bien être réelle.
Derrière son ton gourmand et décalé, le livre déploie un récit d’une grande humanité, où l’amitié, la fête et le partage deviennent des armes pour résister face à la violence du monde. La joie ne fait pas disparaître la rudesse de l’existence ni le poids persistant de la mémoire et de l’Histoire, mais permet de l’affronter.
Porté par une écriture vive, théâtrale et très sensorielle, Les Fourneaux de Crachemort alterne humour, énergie et tension dramatique. Une fantasy inventive et profondément humaine, à la fois généreuse, ludique et engagée !
Noires sont les âmes perdues, le mythe du vampire par Oriane Dardrès
Et si le véritable vampire n’était pas celui que l’on croit ?
Dans Noires sont les âmes perdues, Oriane Dardrès installe dès le départ une ambivalence profonde entre apparence et réalité. Paris, en 1919, est une ville meurtrie par la guerre et la grippe espagnole, peuplée d’êtres hantés, cassés, en quête de survie ; dans ce décor sombre, les figures humaines et surnaturelles jouent leurs propres masques – leurs contradictions, leurs désirs et leurs peurs.
La narratrice, Adèle, est une arnaqueuse qui possède déjà son propre jeu de masques. Elle se montre cynique, déterminée et prête à tout pour aider son frère et gravir socialement les échelons. Mais cette façade calculatrice dissimule aussi des blessures, de la culpabilité et une intensité émotionnelle qui échappent à son contrôle : elle ment autant aux autres qu’à elle‑même sur ce qu’elle recherche vraiment – survie, sécurité, affection ? Son regard sur le monde est un masque construit autant par nécessité que par instinct.
L’un des plus beaux renversements de rôle vient du vampire Isaac. Ici, le vampire n’est pas une créature monolithique de terreur gothique ; bien qu’il soit littéralement un mort‑vivant assoiffé, il manifeste des réactions humaines, des émotions profondes, sans oublier une forme d’innocence et de sensibilité que l’on n’attend pas d’un prédateur surnaturel.
Noires sont les âmes perdues dévoile donc un jeu des masques narratif et symbolique où les personnages se dévoilent et se dissimulent tour à tour, soulignant que l’identité, la monstruosité et l’humanité sont des facettes changeantes – et que le plus profond des renversements est peut‑être celui de nos propres attentes.
Conjurations, complots et vengeance avec Bleuenn Guillou
Dans Conjurations, Bleuenn Guillou plonge le lecteur dans un Empire inspiré de la Rome antique, où chaque personnage construit soigneusement son identité publique pour évoluer dans les arcanes du pouvoir. Livia, otage noble élevée à la cour, incarne cette dualité : fiancée exemplaire, elle dissimule ses véritables intentions derrière son rôle officiel. Cette tension entre apparence et dessein intime constitue le cœur du « jeu des masques », reflet d’un univers politique dominé par les non-dits et les complots.
Les intrigues se déploient comme une partie d’échecs. Alliances mouvantes, attentats mystérieux et loyautés ambiguës montrent que le soutien d’un allié peut se transformer en trahison à tout instant. Dans ce contexte, le palais impérial devient un théâtre de manipulations : discussions feutrées dans les couloirs, décisions guidées par la perception plutôt que par la réalité, et stratégies calculées où chacun protège ses secrets…
Le roman souligne également le renversement des perceptions et chaque personnage se considère souvent comme le « héros » de sa propre histoire.
Et si la magie et la paranoïa de certains personnages forment en partie le cadre de ces intrigues, c’est la psychologie des protagonistes – ambitions, peurs, amour et stratégies – qui offre un portrait subtil et nuancé des jeux de pouvoir et des tensions sociales dans Conjurations !






