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15 septembre 2026

La Dernière transhumance – Retour sur le final de la duologie de Stéphane Arnier

Actualité
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Pour conclure sa duologie La Dernière Transhumance, Stéphane Arnier nous entraîne à nouveau dans les grands espaces nordiques. À travers cet entretien, il revient sur son univers, sur les défis de l’écriture chorale et sur la charge intime de ce diptyque qui interroge nos rapports de force avec le vivant.

Le premier tome s’intitulait Vitaux, et ce second volume se nomme Voraces. Comment ces deux notions reflètent-elles l’évolution des enjeux écologiques et politiques du peuple inar face à la menace des envahisseurs vårks ?

Ce n’est pas toujours simple de trouver des titres à ses romans, surtout qu’il s’agissait ici de sous-titres à accoler au nom de la duologie La Dernière Transhumance. En conséquence, je souhaitais que ces noms soient courts… et oui, l’idée de cette paire de mots m’est venue très tôt.

Le terme Vitaux s’est imposé immédiatement pour le premier livre. Non seulement c’est le nom des entités surnaturelles autour desquelles tourne l’intrigue, mais il évoque également d’autres sens : la transhumance est vitale pour la siita, cette communion avec les rennes et la nature est vitale, et ça qualifie de façon très forte les enjeux du roman centrés sur le mode de vie des personnages.

Je savais dès le départ que le tome 2 de la duologie déploierait une ambiance plus belliqueuse, et pour marquer l’opposition, ça me semblait naturel d’opter pour un terme qui renvoie aux antagonistes. Là encore, le terme Voraces s’est imposé comme une évidence. Non seulement c’est le surnom que les personnages donnent à un vital très particulier qu’on découvre dans le premier roman, mais le mot évoque aussi les Vårks : ces derniers sont là par avidité et convoitise, animés d’une faim dont le sens est d’abord figuré, avant de devenir de plus en plus littéral…

J’ai trouvé que l’opposition des deux termes fonctionnait bien, tant dans leurs sens premiers que dans toutes leurs évocations secondes. Et puis, Vitaux et Voraces, ça sonne bien, non ?

Dans ce second tome, la magie et le chamanisme sont à nouveau très présents, tout en restant ancrés dans une lutte très concrète pour la survie. Comment avez-vous équilibré ce côté très mystique avec le réalisme du quotidien ?

Je me suis posé la question très tôt sur la façon dont j’allais apporter le côté merveilleux au texte, car je souhaitais écrire une fantasy qui soit (légèrement) documentaire – en tout cas, réaliste quant à la façon de dépeindre les modes de vie. Mais j’aime la fantasy pour son surnaturel, et je voulais aller assez loin sur certains aspects (Voraces déploie davantage d’éléments de ce genre que ne le fait Vitaux). Comment concilier une forme de nature writing avec une fantasy qui puisse être spectaculaire à l’occasion ?

J’ai misé sur une introduction très progressive des vitaux, mais surtout sur la façon dont le texte et les personnages traitent ces entités. Je ne voulais pas de choses estampillées « esprits de la nature » ou puisées dans des mythologies existantes, par exemple. Les vitaux sont ici considérés davantage comme les représentants d’une branche du vivant difficile à étudier, plutôt que comme des créatures qui seraient d’origine magique ou divine. D’un côté, cela m’a semblé plus réaliste – si certains Inars voient les vitaux, pourquoi les considèreraient-ils d’une façon différente des plantes ou des animaux ? D’un autre côté, cela m’a permis de manipuler ce surnaturel avec un ton différent d’une « fantasy où la magie existe », afin qu’il s’intègre plus aisément et ne jure pas avec le côté réaliste du texte.

Ce tome final éclate les trajectoires de la famille. Quelle a été la principale difficulté pour tresser toutes ces lignes narratives vers un final satisfaisant ? 

Oh, oui, il y a à la fois des retrouvailles et des séparations, dans ce tome. Et effectivement, côté écriture, cela renvoie à cette difficulté technique associée au récit choral.

Pour Aslak (qui est un point de vue nouveau, par rapport à Vitaux), l’objectif était qu’il soit l’œil du lecteur chez les Vårks comme l’était Norda dans le tome 1… et en même temps il devait avoir une ligne narrative qui lui soit propre afin de préserver l’intérêt du récit et ne pas rendre l’histoire répétitive. Aslak n’est pas du tout dans la même situation que l’était Norda. Néanmoins, comme cette dernière m’a permis de développer l’antagoniste Vigdis, Aslak me permet de développer l’antagoniste qu’est Måns.

Pour les autres personnages, ces chemins qui semblent distincts se dirigent au fond vers une même destination, ce qui signifiait que mon problème d’auteur était aussi ma solution : les trajectoires qui se font et se défont animent le récit. Physiquement ou métaphoriquement, tout était prévu dès le début pour que l’histoire se conclue… là où elle se conclut.

Vous vivez en Finlande et vous êtes nourri par la culture sami et la nature nordique. Est-ce qu’il a été difficile de refermer le cycle de la siita du Sorbier et de dire au revoir à ces personnages comme la doyenne Kaisu ?

Ce texte est effectivement investi d’une part importante de ressentis et de sentiments personnels, en lien avec mes expériences de ces dernières années, via mon existence en Finlande, mais aussi à cause de ce qui se passe en dehors du pays. C’est un peu un poncif pour un auteur de dire que son dernier roman est très important pour lui – et La Brume l’emportera était également pour moi un roman lourd de bagages intimes – mais il est probable que mon lien émotionnel avec La Dernière Transhumance soit particulièrement fort, c’est vrai.

Néanmoins, je ne suis jamais triste de terminer l’écriture d’un texte, au contraire, car c’est à partir de ce moment-là qu’il peut vivre sa vie. Lâcher ce tome 2 dans la nature pour qu’il aille s’ébrouer en compagnie du tome 1 sur les rayonnages des librairies, c’est une puissante satisfaction. J’ai l’impression d’avoir accompli ma mission en rendant publique une histoire qui demeurait depuis des années piégée dans ma tête. Kaisu et les autres sont certainement soulagés de quitter l’enclos… même si je crois que nos protagonistes ne nous quittent jamais : ils sont en nous avant qu’on ne les écrive et sont toujours là après. Paradoxalement, le personnage que j’essaie de ne pas oublier depuis la fin de cette écriture n’est pas un personnage de point de vue : c’est Piehtar, le fils aîné de Kaisu – parfaite transition vers la question suivante.

Enfin, le sort des Inars fait directement écho aux luttes des peuples autochtones pour la préservation de leur territoire et de leur culture. Au-delà de l’aventure et de la fantasy, quel message ou quelle réflexion principale aimeriez-vous que les lecteurs gardent en refermant ce second tome ?

Je n’aime pas trop dire par ma bouche ce que les lecteurs sont censés comprendre du texte, et j’espère que les deux romans parlent d’eux-mêmes. Néanmoins, serait-ce vraiment divulgâcher, à ce stade, si je disais vouloir une humanité davantage « vitale » et beaucoup (beaucoup) moins « vorace » ?

Nous vivons une époque particulièrement dure pour l’environnement, mais également extrêmement difficile au niveau social et humain (tout est connecté). Je n’ai jamais été quelqu’un de combatif, de revendicatif ou de militant, et j’ai toujours fait de mon mieux pour esquiver les confrontations – comme beaucoup de gens, je pense. Mais hélas, certains appétits ne sont jamais rassasiés. À se demander sans cesse s’il convient de résister et quand, je crains que nous soyons en train de perdre collectivement tout choix en la matière.

Si je pouvais choisir, j’aimerais que les lecteurs referment ce second tome avec l’envie de défendre ce qui leur est vraiment vital, au sens premier du terme – que l’histoire leur ait rappelé la signification du mot.

Trois mots pour la fin ?

Interactions + Environnement = Vital.

Pour rappel, Stéphane Arnier sera à la Dimension fantastique à Paris jeudi 17 septembre à 18h et à la librairie Dernier rempart à Antibes à partir de 16h le 25 septembre !

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Stéphane Arnier
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