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21 avril 2026

Le Dernier fils des dieux – Entretien avec Jean Baret

Actualité
Focus Baret

Vous êtes avocat et auteur d’anticipation. Dans ce roman, vous mettez en scène une élite qui se considère comme « les nouveaux dieux« , agissant hors de tout cadre démocratique. Est-ce que votre regard de juriste a nourri cette réflexion sur l’absence de légitimité et d’éligibilité de ceux qui gouvernent réellement nos vies ?

Oui, probablement. Quand on travaille dans le droit, on se rend compte que la société repose sur des règles, mais aussi sur des rapports de force.
Le droit est censé encadrer le pouvoir, mais dans la réalité on observe souvent que certains acteurs disposent de moyens économiques ou technologiques qui dépassent largement les cadres juridiques traditionnels.
Dans la fiction, cela permet de poser une question simple :  que se passe-t-il quand certaines personnes disposent de ressources si vastes qu’elles peuvent agir en dehors de toute légitimité démocratique ?
La science-fiction permet d’exagérer ce phénomène pour en faire un terrain de réflexion.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’intrigue ?

Le roman se présente comme un récit indirect.
Un journaliste met la main sur un carnet écrit par un jeune héritier issu d’un milieu extrêmement privilégié. Ce carnet raconte une expérience radicale qui va bouleverser sa vision du monde.
Au fil des pages, le lecteur découvre l’histoire d’un personnage confronté à une situation extrême qui l’oblige à repenser complètement sa place dans la société, ses valeurs et sa conception du pouvoir.
Le livre oscille entre enquête, témoignage et réflexion philosophique.

Les membres du club secret de votre roman provoquent des désordres internationaux par pur « ennui« . Pourquoi avoir choisi ce moteur psychologique plutôt que l’ambition ou la soif de pouvoir classique ?

Parce que l’ennui est peut-être la grande question des sociétés d’abondance.
Dans beaucoup de récits, les puissants sont animés par l’ambition ou la domination. Mais quand quelqu’un possède déjà tout – richesse, influence, accès aux ressources – la question devient différente : que reste-t-il à désirer ?
Dans le roman, certains personnages découvrent que l’absence totale de limites peut produire une forme de vide existentiel.
Et ce vide peut devenir dangereux.
C’est une idée que l’on retrouve déjà dans l’actualité : dans des sociétés où certaines élites vivent dans une bulle technologique et financière, la tentation peut exister de transformer le monde en terrain d’expérimentation.

Le récit s’articule autour d’un carnet retrouvé par un journaliste. Ce choix du « récit dans le récit » permet une immersion brutale dans l’intimité d’un héritier arrogant. Qu’est-ce que ce format vous a permis d’explorer que la narration classique ne permettait pas ?

Cette forme permet d’être au plus près de la subjectivité du personnage.
Le lecteur n’a pas accès à une vérité objective : il ne dispose que du témoignage du narrateur. Cela crée une tension intéressante, parce qu’on ne sait jamais totalement si ce qui est raconté est exact, déformé ou reconstruit.
Cette structure permet aussi de jouer avec une question essentielle : qu’est-ce que la vérité dans un récit ?
Et plus largement : dans un monde saturé d’informations, comment distinguer le réel de la narration que chacun construit ?

Votre roman se déroule à l’aube de l’effondrement des sociétés mondialisées. Entre la déconnexion des élites et les tensions géopolitiques actuelles, considérez-vous ce texte comme une mise en garde immédiate ou comme une satire poussée à l’absurde de notre présent ?

Je dirais que c’est une satire.
La science-fiction fonctionne souvent comme un miroir grossissant. Elle prend certaines tendances de notre époque – concentration des richesses, dérégulation technologique, crises politiques – et les pousse à leur limite logique.
L’objectif n’est pas de prédire l’avenir mais de poser une question : jusqu’où certaines dynamiques pourraient-elles aller si personne ne les arrête ?
Dans ce sens, le roman relève autant de la satire que de la réflexion.

Avec Le Dernier fils des dieux, vous signez ici un texte court et dense. Est-ce que l’urgence de la situation décrite imposait ce rythme nerveux et ce final explosif pour frapper l’esprit du lecteur avec plus de force ?

L’histoire parle de situations extrêmes.
Je voulais un rythme rapide, nerveux, qui donne au lecteur l’impression d’être entraîné dans un processus de transformation brutal.
Un texte plus long aurait peut-être dilué cette intensité.
Le livre fonctionne donc un peu comme une expérience : il plonge le lecteur dans une situation et le laisse en tirer ses propres conclusions.

Sans trahir l’intrigue, votre dénouement est-il pour vous le seul exutoire possible face à une telle déconnexion des puissants ? Est-ce la fin d’un monde, ou simplement la fin d’une illusion ?

Je dirais que le roman se termine sur une rupture.
Le personnage principal traverse une expérience qui remet en cause tout ce qu’il croyait savoir sur le pouvoir, la liberté et l’identité.
La fin n’apporte pas une réponse simple.
Elle pose plutôt une question : que reste-t-il quand toutes les illusions tombent ?

Trois mots pour la fin ?

1/ Why so serious ?
2/ Fuck your enthousiasm.
3/ Wubba lubba dub dub !

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Jean Baret
Auteur

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