En 2025, Mnémos fête ses 30 ans et pour célébrer cet anniversaire, un concours de nouvelles de SF sur le thème de la mémoire ouvert aux primo-autrices et auteurs était organisé.
À l’occasion de la sortie de l’anthologie Mné/Sys, découvrez un de ces cinq nouveaux talents de l’imaginaire avec Romy Seube !
Bonjour, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours en tant qu’autrice ?
Je vis en Nouvelle-Calédonie depuis deux ans, où j’enseigne les lettres. Mon ordinateur – comme ma tête – est rempli d’histoires : tout est prétexte à inventer, même le plus banal des instants. Longtemps, je les ai laissées dormir dans des carnets ou au fond d’un tiroir. Mais voir mes proches se lancer dans leurs propres projets, parfois complètement fous, m’a donné l’élan d’oser à mon tour. J’ai écrit, j’ai envoyé… et maintenant que j’ai franchi ce pas, je n’ai plus aucune envie de m’arrêter.
Comment avez-vous découvert les littératures de l’imaginaire, et plus particulièrement la science-fiction ? Y a-t-il une œuvre qui vous a marquée profondément ?
J’ai toujours été un rat de bibliothèque. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main, pour le plus grand bonheur des bibliothécaires et de mes proches qui m’ont très tôt confié leurs coups de cœur.
Trois recommandations m’ont particulièrement marquée et ont forgé mon goût pour la science-fiction : Les Fourmis de Bernard Werber, Ender’s Game d’Orson Scott Card, et Ready Player One d’Ernest Cline. Trois lectures très différentes, mais qui ont en commun de m’avoir ouvert un imaginaire à la fois vertigineux et profondément humain.
La SF m’a accrochée comme ça : entre fascination intellectuelle et plaisir brut de lecture.
Comment êtes-vous entrée dans l’aventure Mné/Sys ?
C’est un ami qui m’a mentionné le concours, un peu par hasard. À ce moment-là, j’étais justement en train de faire étudier des nouvelles à chute à mes élèves, alors j’ai eu envie de me prêter moi aussi à l’exercice.
C’était à la fois un défi personnel et une forme de clin d’œil : leur montrer qu’on peut écrire pour soi, mais aussi pour être lu.
Comment s’est passée l’écriture de votre nouvelle ?
L’écriture a été un processus assez organique, mais très structuré. J’ai d’abord construit le squelette de l’histoire, avec la chute en ligne de mire, puis j’ai ajouté les scènes qui manquaient, comme on complète une charpente.
J’ai fait beaucoup de relectures, de coupes, de modifications. Certaines scènes ont été totalement réécrites, d’autres supprimées.
Il m’a fallu presque deux mois pour arriver à une version qui me satisfasse. Et quand je l’ai terminée, j’étais fière. Parce que c’est une chose d’avoir une idée, c’en est une autre d’aller au bout, mot après mot, jusqu’à sentir que ça tient.
La mémoire est un vaste sujet. Y a-t-il un message que vous souhaitiez faire passer en l’écrivant ?
Oui, il y avait un vrai fil conducteur pour moi : qu’est-ce que devient la mémoire à l’ère de l’IA, de l’archivage automatisé, de l’attention fragmentée ?
Dans la nouvelle, je joue avec l’idée qu’une IA puisse reconstituer nos souvenirs à notre place, avec précision, douceur… et une certaine forme de pouvoir. Mais alors, que reste-t-il de la mémoire humaine ?
Est-ce que ce qu’on retient importe encore, si des algorithmes peuvent sélectionner à notre place ce qui “vaut la peine” d’être raconté ?
Je n’avais pas envie de répondre, seulement de poser la question. Et de suggérer que parfois, nos souvenirs flous, bancals, contradictoires… sont peut-être ce qu’on a de plus vrai.
Les mots de la fin vous appartiennent, c’est à vous !
Je pense souvent aux nouvelles qui m’ont marquée au point de revenir me hanter régulièrement, parfois des années après. La Parure de Maupassant. Coup de gigot de Roald Dahl. Le Salaire du sniper de Didier Daenickx. Ces textes-là ont laissé une trace, un pli dans ma mémoire.
En écrivant la mienne, j’avais ce désir un peu fou : que quelqu’un, un jour, y repense sans raison précise. Qu’elle devienne ce souvenir parasite — dans le bon sens du terme.
Et puis, il y avait autre chose : l’envie de cocher une case sur ma bucket list. Depuis des années, mes proches me disent d’écrire. Depuis des mois, mes élèves me demandent si moi aussi je tente l’aventure, si j’ose ce que je leur demande. Cette fois, je l’ai fait. Jusqu’au bout. Et je suis fière de ça.




