Mnémos reprend le flambeau des avenirs désirables et réédite l’anthologie emblématique Solarpunk, précédemment sortie chez Les Moutons électriques.
Avec ce manifeste littéraire qui n’a jamais été aussi nécessaire, plumes francophones et voix du monde entier imaginent le futur autrement !
Découvrez aujourd’hui, notre entretien avec Mélanie Fievet, autrice de la nouvelle, Un point au large.
Si vous deviez expliquer le Solarpunk à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, comment le définiriez-vous en quelques mots ?
On a deux grands récits du futur : celui où il tombe aux mains d’horribles structures autoritaristes, corporations ou gouvernements ; celui où c’est la loi de la jungle et du plus fort. Hunger Games vs Mad Max : deux excellentes œuvres, à coup sûr, mais qui pourraient nous entraîner sur une pente dangereuse si on se laisse convaincre que ce sont les deux seules propositions qui s’offrent à nous si on abandonne ce qui existe maintenant (ce capitalisme si merveilleusement pas du tout dystopique et apocalyptique, pas vrai ?). « OK, c’est la merde, mais si c’est ça ou Immortan Joe/crever dans une arène, ça pourrait être pire… » Le solarpunk, c’est une des manières qu’on a d’affirmer que ça pourrait être vraiment, vraiment mieux.
Qu’est-ce qui, selon vous, rend le Solarpunk incontournable de nos jours ?
On a toujours eu besoin d’utopies. Là, en ce moment, on a besoin d’utopies qui marchent sans ressources inépuisables.
Le Solarpunk est souvent perçu comme une réponse optimiste au Cyberpunk ou au Post-apo. Pour vous, l’écriture d’une nouvelle solarpunk est-elle un acte de résistance face au « catastrophisme » ambiant, ou s’agit-il avant tout d’une exploration esthétique de nouvelles utopies ?
Une exploration d’utopies, si esthétique qu’elle soit, est éthique, avant tout. Pour faire court, pas d’opposition : tout le genre utopique contemporain est une résistance, une résistance à TINA (There Is No Alternative), un message tellement matraqué que les alternatives, non seulement on peut pas les accomplir, mais on nous affirme qu’on peut même pas les imaginer (sinon on est taxés de Bisounours débiles dans les bons jours et de wokistes séditieux dans les mauvais). On est pas mal à refuser cette confiscation par avance de nos imaginaires.
On dit souvent que le Solarpunk est le genre de l’espoir. Est-ce que l’écriture de ce texte a changé votre propre regard sur l’avenir ? Pensez-vous que cela vous aide à lutter contre l’éco-anxiété ou le pessimisme ambiant ?
C’est ce que disent plein de lecteurices, en tout cas, que ça aide. Je reste absolument convaincue que la littérature nous a toujours raconté aussi des récits d’entraide, de solidarité, de care. D’espoir, oui, d’espoir collectif.
Au-delà du plaisir de la lecture, qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent une fois le livre refermé ?
J’aimerais qu’ils retiennent le côté polyphonique, plutôt que mon texte à moi, en fait. Je crois que le solarpunk est intrinsèquement lié à ça : des voix qui parlent ensemble, se complètent, se relaient, se contredisent aussi.
Comment résumeriez-vous votre nouvelle ?
Une lettre d’amour, en réponse à toutes les morts en Méditerranée.


