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18 mai 2026

Liminal – Entretien avec Auriane Velten

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À l’occasion de la parution de Liminal ce 20 mai, Auriane Velten nous dévoile aujourd’hui les coulisses et les inspirations de ce nouveau roman. Découvrez les secrets de fabrication d’une œuvre qui vous fera voyager à travers les cases !

Liminal, votre nouveau roman, sort prochainement.  Quel a été l’élément déclencheur de son écriture et de quoi celui-ci parle-t-il ?

L’élément déclencheur pour Liminal a été la découverte – via des vidéos Youtube – de l’esthétique internet des espaces liminaires. J’ai adoré et été impressionnée par ce qui a découlé d’une seule photo à l’origine; mais pour ce qui nous intéresse c’est surtout le mot qui m’a marqué, liminaire. Il a fait remonter des souvenirs de mes années d’étude en anthropologie. En première année notamment, on aborde Van Gennep et sa théorie du rite de passage en trois phases, celle du milieu étant nommée « liminarité« . Pour résumer, il s’agirait du moment où l’individu n’appartient plus à son groupe de départ et pas encore à celui qu’il s’apprête à intégrer. Un moment de flottement entre les identités et les statuts. J’ai voulu imaginer à quoi cet espace ressemblerait s’il était physique, et de là, comme souvent j’ai tiré des fils…

Dans Liminal, vous faites coexister une figure issue du folklore (l’onryō), une lycéenne contemporaine et une pilote de mécha. Comment avez-vous travaillé la cohérence de ce «monde blanc » où se désagrègent les frontières ?

Il est dur de parler du « monde blanc » sans divulgâcher trop d’éléments. Mais par sa nature de « liminarité« , il était dès le départ un espace d’entre deux, où les règles du quotidien ne s’appliquent plus. Avec ce genre de concept, il n’est pas si compliqué de créer des rencontres a priori impossibles !

Par contre, j’avais aussi besoin de règles strictes pour ne pas sembler tout régler à coups de TGCM (ta-gueule-c’est-magique, pour les non-initiés); et là ça a été une autre paire de manches. Ce que j’avais imaginé au départ était bien trop enfermant, à la fois pour moi et pour mes héroïnes. Or je ne voulais pas écrire un livre déprimant sur l’impossibilité de trouver une issue ! Donc j’ai dû recommencer à plusieurs reprises, en adaptant le monde blanc à mon scénario plutôt que l’inverse.

Après avoir exploré des sociétés post-humaines ou fantastiques dans vos précédents livres, qu’est-ce qui vous a poussée à ancrer cette odyssée dans l’imaginaire des mangas et du folklore nippon ? 

Mon adolescence ! Comme pour mes précédents livres, et comme sans doute beaucoup d’auteurices de l’imaginaire, j’écris toujours à partir des univers que j’ai aimé. C’est  à la fois pour m’y réfugier à nouveau et en hommage et remerciement. 

Et les mangas, entre tous, ont été un énorme refuge à une époque, puis une passion, et toujours aujourd’hui un grand centre d’intérêt. Je lis encore des mangas mais je m’intéresse aussi à l’histoire du manga et à cette industrie en général. Sans compter que mes lectures m’ont aussi rendue curieuse de la cuisine japonaise, du shintoïsme, de la politique nippone… Durant l’écriture de Liminal je me suis même rendue au Japon avec ma compagne, ce qui m’a permis d’affiner et pour ainsi dire vérifier les visuels que j’avais en tête (et de devenir accro à la soupe miso et au matcha latte).

Vos trois protagonistes partagent initialement le désir de «fuir leur vie ». Diriez-vous que Liminal est une réflexion sur le rôle de l’imaginaire comme refuge nécessaire ou, au contraire, comme un piège dont il faut s’évader ? 

En vérité, contrairement à certains de mes précédents livres comme Cimqa ou c’est-comme-ça, je n’ai pas voulu que Liminal parle de l’imaginaire. Pour mes personnages, ce qu’elles vivent, voient et découvrent est tout ce qu’il y a de plus réel. Je dirais que Liminal est plus une réflexion sur la manière de changer sa vie, et du courage qu’il faut pour cela.

Ou alors ce sont juste les réflexions un peu oiseuses de la grande angoissée de la vie que je suis, mais cela ce sera aux lecteurices de le trancher !

Le récit explore les liens de sororité et la puissance qui en émane. En quoi la confrontation de ces trois destins si différents est-elle la clé pour percer les règles de ce monde inconnu et, plus largement, pour se trouver soi-même ? 

Je pense qu’il ait possible de se « trouver » soi-même, ou une version de soi, en étant seul. La vraie difficulté pour moi est de se trouver une place dans la société, surtout quand celle qui nous a été imposée est douloureuse pour une raison ou pour une autre. Les héroïnes de Liminal avaient besoin les unes des autres principalement pour leurs capacités à …  juste être là les unes pour les autres. Parce que je crois qu’il y a des plongeons effrayants qu’il ait plus aisé de faire quand on se sait (bien) accompagné. L’inconnu fait moins peur quand on sait que nos proches pourront toujours nous offrir leur aide, ne serait-ce qu’un répit et un lieu sûr.

Trois mots pour la fin ?

Vive les lesbiennes.

Velten-site
Auriane Velten
Autrice

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