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17 février 2026

Au creux des étoiles – Entretien avec Emmanuel Brière Le Moan

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Entre exploration au cœur du cosmos, réflexions sur l’essence de l’humanité et sentiments défiant la matière, embarquez le 18 mars pour un voyage aussi vertigineux que lumineux avec Au creux des étoiles d’Emmanuel Brière Le Moan !

Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de Au creux des étoiles ? Y avait-il une image, un personnage ou une émotion que vous aviez envie de mettre au centre dès le départ ? 

Oui, d’abord il y a eu cette vision, détachée de tout contexte, d’une conscience humaine enclose dans un astéroïde et traversant l’espace interstellaire. J’ai écrit un paragraphe décrivant cela et l’histoire est venue ensuite, progressivement. Une émotion en lien avec cette vision également : celle que suscite en moi notre situation en tant qu’espèce dans l’immensité de l’univers. On ne réalise pas forcément à quel point ce dernier est colossalement grand. Et il est en expansion ! Pour en donner une vague idée, j’aime bien rappeler ces chiffres : le diamètre de notre galaxie, la Voie lactée, est estimé à environ 100 000 années-lumière. Ce qui signifie que la lumière, bien que filant à 300 000 km/seconde, met 100 000 ans à la traverser… Cela nous donne une vague idée de l’immensité de notre galaxie. Et quand on ajoute que le nombre de galaxies présentes dans l’Univers observable est aujourd’hui estimé à 2000 milliards – 2000 milliards et très éloignées les unes des autres ! – on peut alors concevoir à quel point notre univers est gigantesque. Chez certaines personnes, cela provoque un vertige, bien compréhensible. Moi, cela me fascine. J’y vois un potentiel romanesque considérable, que les découvertes de nombreuses exoplanètes orbitant autour d’innombrables étoiles hors de notre système solaire sont venues renforcer !

Votre roman déploie une ambiance très particulière, presque palpable. Comment avez-vous construit cet univers ? 

Il y avait cette idée, dès le départ, de présenter la vie dans notre galaxie comme étant relativement courante, et que mon groupe de héros humains s’y frottent, parfois malgré eux ! Une sorte de voyage initiatique à travers notre galaxie, jusqu’à ses mystérieux confins. Sans négliger les distances considérables à franchir pour aller d’un système planétaire à un autre. D’où l’invention d’une technologie extraterrestre utilisant un mode de propulsion à peu près vraisemblable pour permettre à mes personnages de parcourir de grandes distances. Et je voulais qu’ils se confrontent à des vies extraterrestres dans leurs différents milieux : aquatique, terrestre, aérien ou arboricole. Que ces dernières prospèrent dans l’océan caché sous la surface glacée d’une lune orbitant autour d’une géante gazeuse ou en altitude, dans les nuages tourbillonnants d’une planète tellurique où la température de surface approche les 500 °C. Avec les inévitables difficultés de compréhension inter-espèces que ces rencontres avec de telles altérités vont susciter !

Votre écriture a une dimension poétique et très sensorielle. Est-ce quelque chose que vous cherchez consciemment à cultiver, ou qui émerge naturellement au fil de l’écriture ?

Un peu des deux ! J’essaye, par l’écriture, de retranscrire le plus justement possible ce que mon imagination a pu me présenter. Il y a des scènes du livre que j’ai presque littéralement vécues, en immersion dans mon esprit, un peu à la manière de ces séquences en réalité virtuelle dans lesquelles mes personnages se retrouvent embarqués au début du roman ! Ensuite mon travail d’auteur consiste à les restituer par les mots de la façon la plus satisfaisante possible. Et, pour immerger lectrices et lecteurs, j’essaye d’ajouter des notations sensorielles : bruits, perceptions haptiques, sensations proprioceptives… toutes choses qui peuvent aider mes lectrices et lecteurs à « ressentir » ce que mes personnages traversent. Et pour la dimension poétique, c’est dur à caractériser, car la poésie est chose fugace, insaisissable, mais, par exemple, pour certains événements tragiques vécus par les humains dans mon livre, j’ai essayé d’adopter un style descriptif presque contemplatif, en décalage avec une prose narrative plus classique.

Sans entrer trop loin dans l’intrigue, quels sont les thèmes ou les questions qui vous tenaient particulièrement à cœur dans ce roman ?

Comme je l’évoquais rapidement un peu plus haut, il y avait cette idée de confronter une bande d’amis, formés sur le tas dans des conditions dramatiques, de les confronter, donc, à l’altérité radicale : celle de leurs nouveaux corps, celle suscitée par la découverte d’espèces extraterrestres plus ou moins bienveillantes au fil d’un voyage inattendu à travers la Voie lactée, sans espoir de retour sur Terre… Et ces questions : qu’est-ce qui subsiste d’une personnalité quand le corps a subi des transformations extrêmes, quand l’esprit se retrouve enchâssé dans des véhicules divers (c’est le cas de le dire), subissant des métamorphoses successives. Il reste quoi ? Les souvenirs de la vie passée ? L’amour ressenti, éprouvé pour autrui ? Quel but se donner quand tout ou presque a disparu ? Ne subsiste, peut-être, que le désir de savoir, de comprendre.

Au creux des étoiles nous entraîne au cœur d’un univers riche et évocateur. Quelles ont été vos principales sources d’inspiration pour ce récit ?

Il y a eu toutes mes lectures SF (je ne lis presque plus que de la SF et du fantastique depuis une quinzaine d’années). J’ai cette formation en philo et il me semble que la science-fiction est l’une des plus belles manières de faire réfléchir, de rendre concrets des questionnements qui traversent notre espèce depuis des millénaires. D’ailleurs, quand Platon expose sa célèbre allégorie de la caverne dans La République, moi je vois un auteur talentueux écrire un texte d’imaginaire afin de nous faire réfléchir à notre condition. Et sous cette forme, c’est peut-être plus frappant qu’une aride démonstration. J’ai cette conviction que les littératures SFFF constituent l’une des formes littéraires les plus abouties, si ce n’est la plus aboutie. D’abord le météore Mary Shelley avec son Frankenstein au début du 19e siècle. Puis Verne et H.G. Wells qui prennent le relais du grand roman réaliste, avant que le genre ne s’épanouisse au 20e siècle avec de nombreux autrices et des auteurs de talent. Dur de ne retenir que quelques noms ! Peut-être Philip K. Dick, pour ses univers alternatifs et sa « qualité de vision quasi hallucinatoire », James Tiptree, Jr. (nom de plume d’Alice Sheldon) ou encore Rich Larson en ce début de 21e siècle. Mais il y en a beaucoup d’autres !

Les grands films de SF, j’en suis évidemment friand, comme tout amateur du genre (Alien, 2001 et tant d’autres). Dans les séries, j’avais été frappé par Maniac et ses surprenants changements d’ambiance au gré des expérimentations que subissent les personnages principaux.

Si vous deviez imaginer une adaptation à l’écran, comment envisageriez-vous que cet univers prenne vie visuellement ?

J’imaginerais bien une adaptation qui s’inspire à la fois des univers visuels de Mars Express, excellent film d’animation SF de Jérémie Périn, et de High Life de Claire Denis.

Comme acteurs ? Question difficile ! Peut-être Harris Dickinson ou Robert Pattinson dans le rôle de Julius Harrison, car ils ont ce fond de noirceur et cet air d’attendre que quelque chose survienne, bon ou mauvais, qui les changera d’une routine devenue insupportable. Dans le rôle de Luna, personnage badass, Úrsula Corberó serait parfaite.

Trois mots pour la fin ?

Optimisme, persévérance, empathie !

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Emmanuel Brière Le Moan
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