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10 février 2026

Mœdium – Entretien avec Renée Zachariou

Actualité
Focus Zachariou

Le 18 février, retrouvez notre pépite de l’imaginaire 2026 avec Mœdium de Renée Zachariou.
A cette occasion, l’autrice revient sur l’écriture de ce premier roman envoûtant où se mêlent magie, mystère et émotion !

Mœdium sort ce 18 février. Quelle a été l’idée à l’origine de ce récit ? Comment cette aventure a-t-elle débuté ?

Mœdium est né d’une nouvelle (jamais finie) qui s’intitulait Médium, Matin, où un détective paranormal recevait une femme dont le mari venait de se transformer en œuf, et qu’elle avalait. Assez vite, je me suis dit que j’avais envie de changer le genre du héros, qui est devenu une héroïne, et que je voulais ancrer l’histoire dans le monde « réel »… pour mieux faire ressortir le côté fantastique.

Je crois que la toute première idée derrière Mœdium vient d’une image très simple : quelqu’un toque à la porte, qui est-ce ? Je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer ensuite. J’ai passé des heures à me demander ce qui se passait avec cet œuf, à écrire des pages et des pages de théories. L’histoire finale n’a à peu près rien à voir avec l’inspiration de début !

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur son intrigue ? Comment définiriez-vous votre univers ?

La jeune data scientist Moira ne veut rien hériter de sa mère, une médium qui l’a toujours embarrassée, et qui vient de mourir. C’est compter sans deux énigmatiques clients et la découverte d’un étrange objet qui a le pouvoir de matérialiser des souvenirs bien enfouis… 

On écrit pour créer les mondes dans lesquels on veut vivre : en tout cas, c’est ce que je fais ! Ça ne veut pas dire que l’univers dans lequel se déroule Mœdium est idéal, loin de là. On est bien dans notre quotidien du 21e siècle, où l’on doit la plupart du temps slalomer entre des jobs pas toujours épanouissants et des écrans qui grignotent notre disponibilité.

J’ai juste rajouté un soupçon de magie : et si on partageait nos journées avec des êtres qui n’étaient pas humains ? Et si les règles qui régissaient la mémoire n’étaient pas purement biologiques ?

Moira est donc une data scientist, résolument méfiante à l’égard des prophéties et de toute forme de prédiction. Qu’est-ce qui vous a attirée vers ce personnage ? Que représente-t-elle pour vous dans notre rapport contemporain au savoir et à l’incertitude ?

Personne ne va tomber de sa chaise si je dis : Moira, c’est moi (j’espère cependant être plus sympa qu’elle avec mes proches !). Si je ne suis pas data scientist, j’ai un côté très rationnel. Mais je suis fascinée par la magie et le paranormal. Je pense qu’une partie de moi a envie d’y croire ! L’écriture me permet de réconcilier ces deux aspects.

Quant à notre rapport contemporain au savoir et à l’incertitude… comme beaucoup de monde, je me sens parfois submergée par l’information. Il faut dire que l’actualité ressemble de plus en plus à des fake news. Ce n’est pas un thème que j’aborde frontalement dans Mœdium, même si j’évoque l’omniprésence des smartphones dans nos vies.

Moira est entourée de personnages que l’on pourrait qualifier de non conventionnels. Qui sont-ils, et comment se sont-ils imposés dans le récit ? Ont-ils suivi la trajectoire que vous aviez imaginée ou ont-ils, parfois, pris leur autonomie au fil de l’écriture ?

Moira est accompagnée d’une bande d’amis… particuliers. Il y a Tiffany, l’amie d’enfance un peu maladroite qui tente de percer en tant qu’influenceuse, Korax, le devin aux yeux de chèvre, Luna et Léna, les jumelles que tout oppose.

J’aurais bien du mal à dire comment ils sont apparus. Ça sonne très « magique », mais ils étaient là, tout simplement ! Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas évolué au cours de l’écriture. Tiffany, par exemple, était beaucoup plus désagréable dans les premières versions. Estelle Hamelin, mon éditrice chez Mnémos, m’a aidée à la rendre plus sympathique – et donc crédible en tant que meilleure amie, même imparfaite.

L’écriture de ce roman répond-elle avant tout à des thématiques qui vous sont chères, ou au désir de raconter une aventure et de laisser les questions émerger d’elles-mêmes ?

Derrière Mœdium, il y a une question obsédante : où vont les souvenirs que l’on oublie ? J’ai beaucoup lu sur le sujet, consulté les dernières recherches en neurosciences, et la réponse est : on ne sait pas (c’est plus compliqué que ça, bien sûr ! S’il y a des neuroscientifiques par ici, je serais ravie d’en discute avec vous). J’ai donc proposé ma propre « théorie »… mais je n’en dis pas plus.

La thématique du deuil est aussi centrale dans le roman, et elle nait d’une expérience personnelle. J’ai perdu ma mère de façon abrupte, tout comme Moira. C’était la personne la plus importante de ma vie, j’ai eu l’impression de devoir repartir de zéro. Comment préserver la mémoire de nos morts ? Que doit-on garder d’elles et eux, et que doit-on laisser pour continuer notre chemin ?

Vous l’avez peut-être deviné à mon patronyme : je suis franco-grecque. Un point commun en plus avec Moira ! J’avais envie d’explorer la mythologie grecque qui regorge de figures oubliées mais fascinantes.

Une fois tous ces thèmes posés, comment les transformer en roman ? Car c’est bien ce que je voulais faire, créer une histoire, inventer quelque chose, pas écrire un récit autobiographique ou un essai. J’ai donc déplacé les choses (ma mère n’était pas médium, au cas où vous vous posez la question), imaginé des personnages… et ajouté de la magie !

Avez-vous eu des sources d’inspiration en particulier ?

Plein ! Parfois, j’ai l’impression que ma tête est un capharnaüm de références dont je tente d’extraire quelque chose d’à peu près cohérent.

Je suis une immense fan de David Foster Wallace, dont je rebats les oreilles à qui veut bien m’écouter. C’est un écrivain étasunien qu’on ne classe jamais comme un auteur de genre : pourtant tous ses romans contiennent des dimensions de fantastique et de science-fiction. Il a une appétence pour les dons qui ne servent à rien et l’irruption de la bizarrerie dans la réalité.

Côté musique, j’écris en écoutant du Bach (ou du Kaytranada, quand j’ai besoin d’un peu de basses !). Mais si on cherche une inspiration thématique, elle se trouve du côté de Tranquility Base Hotel & Casino des Arctic Monkeys. C’est un concept album qui se déroule dans un casino sur la lune dans un futur proche. Il a une sonorité très rétro, tout en évoquant des sujets technologiques, comme l’obsession de tout noter et les visioconférences, de façon à la fois précise et très décalé.

Enfin, j’ai découvert le manga Dan Da Dan, de Yukinobu Tatsu, au début de la rédaction de Mœdium. L’énergie des personnages m’a servi de modèle pour Trophonios et Agamida. Comme dans un (bon) manga, je voulais que les choses aillent vite, qu’il y ait du peps et de l’humour – sans oublier les moments d’émotion. J’adorerais voir Mœdium adopté en bande dessinée, d’ailleurs !

Enfin, si Mœdium devait connaître une adaptation à l’écran, quels comédiens ou quelles figures verriez-vous incarner les rôles principaux ?

J’ai du mal à suivre l’actualité audiovisuelle de ces dernières années – à mon grand regret, car le cinéma a été très important dans la formation de mon imaginaire.

En plus, les personnages principaux de Mœdium sont assez jeunes, donc il faut des interprètes du même âge. J’avais adoré Karim Leklou dans Goutte d’or de Clément Cogitore (un film qui traite aussi de la voyance et de notre relation à la croyance !) et je pense qu’il ferait un super Korax, mais il a 20 ans de plus que le personnage… Après tout, pourquoi pas ! Adapter, ce n’est pas copier. Et finalement, le physique des personnages est assez peu décrit, ce qui laisse de la place pour l’interprétation d’une réalisatrice ou d’un réalisateur.

Avec cette idée de libre interprétation, je verrais bien Jenna Ortega dans le rôle de Moira, Lena Situations dans celui de Tiffany (un personnage qui rêve de devenir Lena Situations) et Nadia Melliti en Léna/Luna. Dans le rôle de la mère, Tilda Swinton !

Trois mots pour la fin ?

 Mémoire, famille et surprises !

Zachariou-site
Renée Zachariou
Autrice

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