À l’occasion de la sortie du Silence des lys tigrés le 20 mai, Sally Fauconnier nous dévoile les secrets de ce roman singulier et revient sur les thématiques qui irriguent son écriture.
Aujourd’hui, découvrez les coulisses d’une œuvre aussi délicate que puissante !
Le Silence des lys tigrés, votre premier roman, sort prochainement. Quel a été l’élément déclencheur de son écriture et de quoi celui-ci parle-t-il ?
Dans mon livre, on suit une chanteuse qui survit dans une ville envahie par les Lys Tigrés, des fleurs géantes, menaçantes et bruyantes. Elle se retrouve – malgré elle – entrainée dans une révolte et au milieu du chaos, elle fait la rencontre d’une mystérieuse jeune fille muette dont l’apparition semble liée à celle des Lys. J’ai voulu raconter une histoire d' »apocalypse fleurale« , mais aussi et surtout, l’histoire de la vengeance du silence.
J’ai toujours beaucoup aimé les personnages de fleurs anthropomorphisées dans les romans (la rose du Petit Prince, les fleurs du jardin des fleurs vivantes de Lewis Carroll, etc) et ça faisait longtemps que j’avais moi aussi envie de faire parler les fleurs. C’est ensuite quand j’ai (re-)découvert le poème Elegía del silencio de Federico García Lorca que j’ai eu l’idée d’ajouter une histoire de silence à mon histoire de fleurs qui parlent.
Avec ces Lys Tigrés « bruyants et voraces », vous proposez une apocalypse végétale singulière. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette image de fleurs géantes pour symboliser l’écroulement du monde ?
La végétation ne prend jamais longtemps à reprendre possession d’un lieu qu’on a délaissé. J’aime bien toutes ces images de maisons ou villes en ruines, abandonnées par leurs habitants et envahies par les plantes. Quand je tombe sur ce genre d’endroit, je m’amuse à prétendre que si les humains sont partis c’est parce que les fleurs les ont chassés. Après tout, quand on ne connait les raisons du départ et qu’on voit le résultat final, ça semble une explication probable.
Vous évoquez l’idée de « rebâtir de nouvelles fondations » au cœur même des racines de l’ennemi. Votre roman explore-t-il une forme de symbiose possible entre l’humanité et cette nature destructrice ?
Je n’explore pas vraiment l’idée d’une symbiose entre la nature et l’humain, du moins pas au sens organique. En fait je crois qu’au moment où commence mon histoire, la symbiose a déjà eu lieu mais il s’agit plutôt d’une symbiose de caractères. Les humains sont devenus narcissiques comme des fleurs trop belles et les fleurs aussi bruyantes que des humains trop confiants.
« La vengeance du silence » est une formule forte. Est-ce une métaphore de la révolte de ceux qu’on n’entend plus (ou qu’on ne veut plus entendre) dans une société qui s’effondre ? Qu’aviez-vous envie d’aborder avec ce roman ?
Mon idée première était vraiment d’écrire une élégie du silence à la façon de Federico García Lorca, simplement parce que moi aussi j’aime bien le silence et que parfois, il me manque. Plus tard je me suis rendue compte que faire taire les bruits, ça permettait non seulement de faire venir le silence, mais aussi d’entendre les silencieux – ceux qu’on n’entend plus ou qu’on ne veut plus entendre. La phrase « vengeance du silence » peut donc être interprétée de toutes les façons possibles, métaphoriquement et littéralement.
Trois mots pour la fin ?
Écoutez le silence.




