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4 septembre 2025

Lavie Tidhar, l’étoile libre de la science-fiction contemporaine

Actualité
Article lavie tidhar

Né en 1976, voyageur insatiable, poète autant que romancier, Lavie Tidhar a construit une œuvre qui échappe aux classifications. Lauréat de nombreux prix internationaux, célébré pour son inventivité, il fait entendre une voix singulière dans le paysage littéraire mondial.

À la croisée de Simak et de Cordwainer Smith, Tidhar réinvente les codes de la science-fiction. Il ne raconte pas la conquête triomphale de demain, mais le bruissement délicat des vies qui s’y inscrivent.

NEOM, la science-fiction hopepunk de Lavie Tidhar

Dans les étendues brûlantes du désert d’Arabie, une cité futuriste s’élève : NEOM, mirage high-tech bâti sur les ruines d’anciens rêves. Mais derrière ses gratte-ciel étincelants et ses promesses d’utopie, ce sont surtout les vies fragiles de ses habitants qui importent : une fleuriste hantée par son passé, un robot rescapé des guerres, un garçon des rues, des créatures mi-divines, mi-machines… Autant de trajectoires minuscules qui finissent par tisser une fresque profondément humaine.

Avec ce roman, Lavie Tidhar prolonge l’univers de Central Station et confirme sa singularité dans la science-fiction contemporaine. Là où d’autres imaginent des héros solitaires ou des luttes spectaculaires, Tidhar choisit les liens ténus, l’attention aux marges. NEOM s’ancre dans un imaginaire foisonnant, mais son cœur bat du côté des personnages ordinaires et c’est précisément ce qui en fait une œuvre hopepunk.

Le hopepunk, une SF de la résilience

Apparu en contrepoint aux dystopies cyniques et au désenchantement du cyberpunk, le hopepunk s’affirme comme un courant littéraire et culturel qui revendique la force douce de l’optimisme. Ses auteurs refusent de considérer le désespoir comme unique horizon et proclament que l’espoir peut, lui aussi, devenir une forme de résistance. Dans un futur incertain, traversé de crises écologiques, sociales et politiques, le hopepunk met en lumière ce qui relie : les liens, les communautés, l’attention portée aux autres.

À la différence de l’utopie parfaite, qui nie les conflits, le hopepunk assume les failles du monde mais insiste sur ce qui permet d’y faire face ensemble : la coopération, l’entraide, la beauté des actes du quotidien. Il ne s’agit pas d’ignorer la noirceur, mais d’y opposer une lumière fragile, imparfaite, et pourtant nécessaire.

Lavie Tidhar s’inscrit pleinement dans cette vision. En situant son récit au cœur d’un Moyen-Orient réinventé, il déplace la science-fiction vers des territoires rarement explorés, où se mêlent mythes millénaires, réalités contemporaines et promesses technologiques. NEOM est un roman de contrastes, mais surtout un roman de vie.

NEOM, un espoir au cœur du désert

Dans NEOM, la cité futuriste elle-même devient personnage : mirage d’acier et de verre, fascinante et déjà fissurée. Mais le roman ne raconte pas la chute ou le triomphe de cette mégalopole. Il s’intéresse à celles et ceux qui l’habitent, aux existences minuscules qui révèlent la texture sensible de ce futur.

Lavie Tidhar propose ainsi une science-fiction décentrée, hybride, nourrie des paysages du Moyen-Orient, de ses mythes et de ses fractures contemporaines. En plaçant l’intime au cœur de l’épique, il redéfinit les contours du genre. Le résultat est une fresque lumineuse où l’intelligence artificielle, les vestiges de la guerre, les limites de la conscience, et la part irréductible d’humain en chacun, qu’il soit de chair, de métal ou de mémoire, se mêlent de manière indissociable dans une même quête : continuer à espérer, malgré tout.

Lire NEOM, c’est faire l’expérience d’une science-fiction différente. Visionnaire et sensible, chatoyante et intime, l’écriture de Lavie Tidhar ouvre un horizon où l’imaginaire devient espace de résistance.
Un roman hopepunk, au sens le plus fort du terme : porteur d’un espoir nécessaire, ancré dans l’humain.

(Photo © Nir Yaniv)

Lavie Tidhar Portrait Shoot
Lavie Tidhar
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